Dans le BTP, la sous-traitance est une réalité quotidienne. Dès qu’un sous-traitant intervient pour le compte d’un donneur d’ordre assujetti à la TVA dans le cadre de travaux immobiliers, un mécanisme fiscal spécifique s’applique obligatoirement : l’auto-liquidation de la TVA. Ce n’est plus le sous-traitant qui collecte et reverse la taxe, c’est le donneur d’ordre qui la déclare directement à l’administration fiscale.

Ce mécanisme, codifié à l’article 283, 2 nonies du Code général des impôts, est souvent mal compris, mal appliqué, et source d’erreurs coûteuses pour les deux parties.

Dans ce guide, on détaille le mécanisme dans son intégralité : qui est concerné, quels travaux sont éligibles, comment rédiger la facture, comment remplir la CA3, les écritures comptables à passer, et les sanctions applicables en cas d’erreur.

illustration btp

Qu’est-ce que l’auto-liquidation de la TVA en sous-traitance BTP ?

Définition et principe

En temps normal, le prestataire collecte la TVA auprès de son client et la reverse à l’État. Dans le BTP, dès qu’il y a sous-traitance, ce schéma est inversé : le sous-traitant ne facture pas de TVA, et c’est le donneur d’ordre (l’entreprise preneuse) qui déclare et reverse la TVA directement à l’administration fiscale.

Ce mécanisme a été instauré pour lutter contre la fraude à la TVA dans les chaînes de sous-traitance, où il était courant que des sous-traitants encaissent la TVA facturée à leurs clients sans la reverser à l’État.

Facturation classiqueAuto-liquidation BTP
Qui émet la factureLe sous-traitant avec TVALe sous-traitant sans TVA
Qui collecte la TVALe sous-traitantLe donneur d’ordre
Qui reverse la TVA à l’ÉtatLe sous-traitantLe donneur d’ordre
Impact trésorerie donneur d’ordrePaie la TVA au sous-traitant puis la récupèreOpération neutre (collecte = déduction)
Impact trésorerie sous-traitantAvance la TVAAucune avance de TVA

L’avantage de trésorerie pour le sous-traitant

Sans auto-liquidation, le sous-traitant devrait avancer la TVA à l’État avant de la récupérer via ses déclarations, ce qui peut créer de vraies tensions de trésorerie sur des chantiers importants. Avec l’auto-liquidation, il émet une facture HT et n’a rien à avancer. Il conserve néanmoins le droit de déduire la TVA sur ses propres achats professionnels (matériaux, outillage, carburant…).

Qui est concerné par l’auto-liquidation de TVA et sous quelles conditions ?

Les deux conditions cumulatives

L’auto-liquidation s’applique dès que deux conditions sont réunies simultanément.

  • Condition 1 : les travaux relèvent du BTP, c’est-à-dire la construction, la rénovation ou l’entretien d’immeubles.
  • Condition 2 : le donneur d’ordre est assujetti à la TVA en France.
  • Condition 3 : qualité de sous-traitant au sens de la loi 1975

Si le donneur d’ordre est un particulier, une association non redevable ou toute entité qui ne collecte pas la TVA, l’auto-liquidation ne s’applique pas : le sous-traitant facture alors avec TVA, normalement.

Les obligations du donneur d’ordre

Le donneur d’ordre reçoit la facture HT du sous-traitant. Il déclare la TVA correspondante en TVA collectée dans sa déclaration CA3, puis la déduit simultanément en TVA déductible. L’opération est neutre pour sa trésorerie. Il reste responsable de la TVA même si le sous-traitant a commis une erreur sur sa facture.

Les obligations du sous-traitant

Le sous-traitant émet une facture sans TVA, en mentionnant uniquement le montant HT et la mention légale obligatoire. Il déclare ses prestations dans sa CA3 à la ligne « Autres opérations non imposables ». Il conserve son droit à déduire la TVA sur ses propres achats.

Le cas particulier du sous-traitant en franchise de base

Point technique souvent ignoré : si le sous-traitant bénéficie du régime de franchise en base de TVA, il facture sans TVA pour une raison différente (son exonération propre) et le donneur d’ordre n’a rien à auto-liquider. Les deux situations donnent lieu à une facture sans TVA mais avec des conséquences fiscales radicalement différentes. La mention sur la facture permet de les distinguer.

illustration travaux publics

Quels travaux sont concernés par l’auto-liquidation ?

Les travaux éligibles

Le champ d’application est large. Il couvre l’ensemble des travaux de construction de bâtiment et d’ouvrages immobiliers, notamment :

  • Travaux de gros œuvre : terrassement, fondations, maçonnerie, béton armé, charpente
  • Travaux d’équipement des immeubles : installations électriques, plomberie, chauffage, ventilation, réseaux
  • Travaux de second œuvre et finitions : cloisons, isolation, menuiserie, peinture, revêtements de sol et de plafond
  • Travaux de réparation et de réfection d’immeubles existants
  • Travaux publics et génie civil
  • Opérations de nettoyage ou de ménage dans le prolongement direct des travaux ou accessoires à ceux-ci
Condition indispensable : les travaux doivent avoir été confiés à un sous-traitant dans le cadre d’un contrat de sous-traitance, ou à défaut d’un devis accepté, d’un bon de commande signé ou de tout autre document établissant l’accord entre les deux parties (article 283, 2 nonies du CGI).

Les travaux et prestations exclus

Certaines prestations sont expressément exclues, même quand elles se déroulent sur un chantier :

  • Les prestations intellectuelles : bureaux d’études, missions de conseil, honoraires d’architecte sans maîtrise d’œuvre de travaux
  • La location de matériel : location d’une pelleteuse, d’échafaudages ou d’engins avec ou sans chauffeur (depuis le rescrit BOI-RES-TVA-000269 publié le 9 septembre 2026)
  • Les fournitures seules : vente de matériaux sans pose ni installation
  • Les travaux réalisés pour un client non assujetti : particuliers, associations exonérées
illustration facture

La facture du sous-traitant : les mentions obligatoires

Ce que la facture doit comporter

MentionDétail
Mention « Autoliquidation »Obligatoire, explicitement inscrite sur la facture
Référence légale« TVA due par le preneur – article 283, 2 nonies du CGI »
Montant HT uniquementAucun montant de TVA ne doit figurer
Numéro unique et chronologiqueComme toute facture
Coordonnées complètesSIRET, adresse, numéro de TVA intracommunautaire des deux parties
Description précise des travauxIndispensable depuis la mise à jour doctrinale du 22/10/2025

La mention simplifiée « Autoliquidation » suffit légalement. La formulation complète « TVA due par le preneur – article 283, 2 nonies du CGI » reste cependant recommandée pour éviter toute ambiguïté en cas de contrôle.

Comment déclarer l’auto-liquidation sur la CA3 ?

Il est tout d’abord important de souligner que la TVA est exigible au moment de l’encaissement/décaissement de la facture de sous-traitance.

Du côté du donneur d’ordre, au moment du décaissement de la prestation

Ligne CA3Ce qu’on y inscrit
« Autres opérations imposables » (case A2)Montant HT des prestations en auto-liquidation
TVA collectée correspondanteTVA calculée au taux applicable
TVA déductibleMême montant en déduction si les conditions sont remplies

L’opération est neutre sur la trésorerie du donneur d’ordre : il déclare la TVA collectée et la déduit immédiatement dans la même déclaration. Aucun décaissement réel ne se produit.

Du côté du sous-traitant

Le sous-traitant déclare ses prestations en auto-liquidation à la ligne « Autres opérations non imposables » de sa CA3. Ces montants ne génèrent aucune TVA à reverser de sa part. Ils doivent néanmoins être déclarés pour permettre les recoupements automatiques de l’administration fiscale, qui se renforcent encore avec la réforme de la facturation électronique.

Les écritures comptables

Du côté du donneur d’ordre

Lors de la réception de la facture du sous-traitant :

Écriture comptable – réception facture sous-traitant
Débit 604 « Sous-traitants » : montant HT
Débit 445662 « TVA déductible auto-liquidation » : montant TVA calculé
Crédit 4452 « TVA due auto-liquidation » : montant TVA calculé
Crédit 401 « Fournisseur sous-traitant » : montant HT uniquement

Les comptes 445662 et 4452 se compensent : l’effet net sur la trésorerie est nul.

Du côté du sous-traitant

Lors de l’émission de la facture :

Écriture comptable – émission facture en auto-liquidation
Débit 411 « Client donneur d’ordre » : montant HT
Crédit 706 « Prestations de services » : montant HT
Aucune écriture TVA à passer
illustration sanction financière

Les sanctions en cas de non-respect

Si le donneur d’ordre oublie d’auto-liquider

C’est la situation la plus sanctionnée. L’article 1788 A du Code général des impôts prévoit une amende égale à 5% de la somme déductible, c’est-à-dire 5% du montant de TVA qui aurait dû être auto-liquidée. Cette amende s’applique même si l’oubli est involontaire et sans intention frauduleuse.

Exemple chiffré : Bati Sud oublie d’auto-liquider la TVA sur une facture de sous-traitance de 50 000€ HT soumise au taux de 20%.
TVA qui aurait dû être auto-liquidée : 10 000€.
Amende : 5% × 10 000€ = 500€.
Sur un volume important de facturation sous-traitée, le cumul de ces amendes peut devenir significatif.

Si le sous-traitant facture la TVA à tort

Si un sous-traitant facture la TVA alors qu’il est en régime d’auto-liquidation, la TVA facturée est due par le sous-traitant (il doit la reverser) mais le donneur d’ordre ne peut pas la déduire.

Si la mention « Autoliquidation » est absente de la facture

La facture est non conforme. Elle peut être rejetée par le donneur d’ordre. En cas de contrôle, elle expose les deux parties à des questions de l’administration sur la réalité et la conformité des opérations.

Auto-liquidation et facture électronique : ce qui change en 2026 et 2027

À partir du 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA devront être en capacité de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. À partir du 1er septembre 2027, l’obligation d’émettre des factures électroniques s’étendra aux PME et micro-entreprises.

Pour les sous-traitants du BTP, les factures en auto-liquidation devront transiter par ces plateformes dans les formats réglementaires (Factur-X, UBL, CII). La mention « Autoliquidation » devra être portée. Les données de transaction seront transmises automatiquement à l’administration fiscale, ce qui renforcera considérablement les recoupements entre la déclaration du sous-traitant et celle du donneur d’ordre. Les erreurs ou omissions seront détectées beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui.

Pourquoi se faire accompagner par un expert-comptable spécialisé BTP ?

L’auto-liquidation de la TVA est simple dans son principe mais avec de nombreuses subtilités dans son application quotidienne :

  • identification des travaux éligibles,
  • conformité des mentions sur les factures reçues,
  • remplissage correct de la CA3,
  • et paramétrage des écritures comptables.

Un expert-comptable spécialisé dans le BTP sécurise l’ensemble de ce dispositif : il vérifie la conformité des factures reçues des sous-traitants, forme les équipes sur les règles applicables, met à jour le paramétrage comptable lors des évolutions réglementaires, et prépare l’entreprise à la réforme de la facturation électronique.

Chez Expy, nous accompagnons les entreprises du BTP dans la sécurisation de leurs obligations TVA, de la vérification de la conformité des factures sous-traitants au paramétrage des déclarations CA3.


Pour conclure

L’auto-liquidation de la TVA en sous-traitance BTP est une obligation fiscale qui s’impose dès que deux conditions sont réunies : des travaux relevant du BTP et un donneur d’ordre assujetti à la TVA. Le sous-traitant facture HT avec la mention légale obligatoire, et le donneur d’ordre déclare et reverse la TVA dans sa CA3.

La réforme de la facturation électronique, avec ses premières échéances en septembre 2026, va encore renforcer les contrôles automatiques sur ces opérations.

Bien maîtrisée, l’auto-liquidation est un mécanisme qui protège les deux parties et simplifie la gestion de la TVA dans les chaînes de sous-traitance. Mal appliquée, elle expose à des amendes, des redressements et des régularisations chronophages.